Après les filtres Instagram et Snapchat, voici le « visage IA ». De plus en plus de personnes utilisent des outils d'intelligence artificielle pour générer une version idéalisée de leur propre visage — peau parfaitement lisse, symétrie absolue, pommettes hautes, nez « parfait » — puis arrivent en consultation avec cette image comme objectif.
Un phénomène désormais documenté
Ce n'est pas une impression : le BMJ (8 septembre 2026) a consacré un article à cette tendance. Une enquête de la BAAPS (l'association britannique de chirurgie esthétique) révèle que 15 % des membres interrogés ont déjà vu des patients présenter une image d'eux-mêmes générée ou retouchée par IA, créant des attentes irréalistes. Sa présidente alerte : ces images « n'ont souvent que peu de rapport avec un résultat anatomiquement possible ».
Le problème : un avatar n'est pas une anatomie
Une IA générative ne connaît ni vos os, ni vos cartilages, ni votre peau. Elle produit une image séduisante mais déconnectée de la réalité chirurgicale : une symétrie parfaite n'existe sur aucun visage humain, une peau sans le moindre pore n'est pas un objectif médical, et un « nez parfait » plaqué sur votre morphologie peut être tout simplement irréalisable — ou disgracieux une fois replacé dans l'ensemble de vos traits.
Vouloir devenir son propre avatar, c'est courir après une image qui n'existe pas. Et ce décalage entre le soi réel et le soi numérique est précisément un terrain de la dysmorphophobie, dont j'ai parlé dans un précédent article.
Ce qu'on peut corriger — et ce qu'on ne doit pas promettre
Mon travail en consultation consiste à faire ce tri, honnêtement :
- Ce qu'on peut corriger : une bosse sur le nez, une gêne respiratoire, des paupières tombantes, une perte de volume, un relâchement — des indications réelles, avec des résultats réalistes et durables.
- Ce qu'on ne doit pas promettre : une symétrie absolue, une transformation totale, la reproduction d'un visage qui n'est pas anatomiquement le vôtre. Promettre l'impossible, c'est trahir la confiance du patient.
Le bon outil : la simulation 3D, pas l'avatar IA
Pour projeter un résultat, il existe un outil sérieux et honnête : la simulation 3D médicale. Contrairement à un filtre ou à une IA grand public, elle part de votre anatomie réelle et propose une projection raisonnable et atteignable — pas un fantasme. C'est un support de dialogue précieux : il permet de se comprendre, d'ajuster les attentes et de valider ensemble un objectif crédible. Vous pouvez découvrir cet outil sur ma page de simulation 3D.
Mon éthique : la franchise avant tout
Un bon chirurgien n'est pas celui qui dit oui à tout. C'est celui qui sait recadrer une demande, expliquer ce qui est possible, refuser ce qui ne l'est pas, et — quand c'est nécessaire — dépister une souffrance psychologique et orienter vers une prise en charge adaptée. L'IA peut être un formidable outil ; elle ne doit jamais devenir le cahier des charges d'une opération.
Mon rôle n'est pas de vous transformer en une image générée par une machine, mais de sublimer, avec justesse, le visage bien réel qui est le vôtre.
Sources : « AI face drives patients to plastic surgery », The BMJ, 2026;394:e100775 — bmj.com ; British Association of Aesthetic Plastic Surgeons (BAAPS) — communiqué « AI-generated faces », 2026.